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"Ni ghettoïsant, ni communautaire" : Tonjé Bakang, le créateur d'Afrostream fait le point

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Rédigé le Vendredi 13 Mars 2015 à 14:30


Alors qu'il vient tout juste de lancer son partenariat avec TF1, nous avons rencontré Tonjé Bakang, le créateur d'Afrostream. Cette plateforme qui met le cinéma et les séries afro à l'honneur va rendre disponible du contenu auquel le public n'avait, jusqu'à présent, accès que très difficilement.


Tonjé Bakang n'est pas un inconnu et encore moins un débutant. À 34 ans, ce jeune entrepreneur n'en est pas à son premier coup d'essai. Organisateur de soirée, couteau suisse pour plusieurs labels de musique, réalisateur de clips, dénicheur de talents et même directeur de théâtre, partout où il est passé Tonjé a toujours fait le pari de la diversité et surtout de l'innovation.

Aujourd'hui, avec Afrostream, il vient encore renverser les codes et imposer sa vision du monde à travers un projet qui visiblement tient à coeur à ce jeune Français fier de ses origines.

Nous avons voulu en savoir plus sur cet entrepreneur sûr de lui et porteur d'un projet qui va bousculer les habitudes et changer la vie de tous les fans de cinéma afro et de "black movies".
On le pensait réservé, il est au final plutôt loquace. Le résultat, cette interview long format durant laquelle Tonjé parle sans langue de bois de son parcours et de ses ambitions.

Tu as commencé ta carrière chez Fokal Productions. Peux-tu brièvement revenir sur ton parcours ?

Je sais pas faire bref (rires). Après mon bac, j’ai commencé par organiser des événements avec un très bon ami DJ qui s’appelle Franco THX. Ensemble on a organisé des soirées, des concerts… J’ai eu la chance de travailler avec des artistes de Double H, de BOSS… tout ce qui faisait le hip hop à la fin des années 90.
De là j’ai pu intégrer la boîte de production Fokal (ndlr. Fokal réalisait de nombreux clips r&b et hip hop fin 90 début 2000) mais je continuais aussi mes autres projets en tant que réalisateur et producteur exécutif. C’est vrai qu’avoir la chance d’être dans cet environnement m’a fait prendre conscience de beaucoup de choses par rapport à l’industrie culturelle. Le fait que des artistes qui étaient peu diffusés dans les grands médias avaient quand même leur propre moyen de distribution et d’accès à leur public par les radios indépendantes comme Radio Libertaire, Générations, Nova, Ado FM au début... Ces expériences dans le milieu hip hop et son fonctionnement me guident dans ce que je fais aujourd’hui.

Tu as ensuite été dénicheur de talents et tu as fondé le Comic Street Show...

Après avoir travaillé avec plusieurs gros labels comme EMI ou Sony, je sentais que mon travail de réalisateur et de photographe était au service du message d’un artiste mais que je voulais participer au message en fait ! Je trouvais que l’humour était un bon vecteur. Dans ma famille on pratique beaucoup l’humour et l’auto-dérision : c’est quelque chose que j’ai retrouvé dans beaucoup de familles originaires d’Afrique ou des Antilles. C’est très présent dans nos cultures, cette forme d’humour et de dédramatisation.
Je fais partie d’une famille de sept enfants donc dans une famille nombreuse on se démarque beaucoup aussi par l’esprit et la joute verbale était un sport national chez nous !
Naturellement je me suis lancé dans l’humour car à l’époque je regardais beaucoup les cassettes de spectacles de stand up américains ou des séries afro-américaines. J’étais fasciné car ces programmes nous renvoyaient l'image la plus proche de nous-même qu’on pouvait trouver dans les médias.
Les autres représentations de gens qui nous ressemblent physiquement dans les fictions françaises étaient rarement  des personnages à qui on avait envie de s’identifier.

Grâce au lien que j’avais tissé dans le milieu de la musique, j’avais déjà la crédibilité nécessaire pour monter ce type de projets et de frapper aux portes des théâtres, des salles de spectacles pour me lancer dans la comédie.
Je me suis d’abord formé au théâtre pour apprendre à mettre en scène des comédiens et ensuite je suis partie à la chasse au talent. Ça a été difficile de les convaincre car certains n’étaient jamais montés sur scène comme Noom Diawara, Frédéric Chau ou Le Compte de Bouderbala, et d’autres comme Claudia Tagbo étaient dans un registre très classique. Au début les comédiens ne comprenaient pas l’idée derrière Comic Street Show, ils avaient peur d’être enfermés. Mais j’ai très vite senti qu’ils avaient peur d’être une partie d’eux-mêmes. Certains avaient préféré enfouir une facette de leur personnalité par crainte de ne pas plaire à des tourneurs ou des boîtes de prod…
Comic Street Show leur a offert un moyen de se dire : "c’est possible". Ce concept qui a été repris par Jamel Debouzze a changé le paysage audiovisuel français. Avant ça, il y avait très peu de personnalités jeunes, noires, maghrebines ou asiatiques qui avaient un regard décomplexés sur leur quotidien, leur culture et leur vie en France. Je suis très fier d'avoir insufflé ce changement dans les médias.
Aujourd’hui Afrostream tente d’avoir la même relation directe entre les artistes (réalisateurs, scénaristes, comédiens) et un public désireux de découvrir ces talents et de les partager.
J’utilise cette plateforme Afrostream, tout comme dans le hip hop on utilise des mixtapes et tout comme au théâtre on utilise la scène. Aujourd’hui le digital est le lien direct entre ce qu’on appelle le contenu et l’audience.

 

Quand as-tu eu l'idée de monter Afrostream ?

Le projet c’est un peu une réponse à quelque chose que tous les afro-descendants attendent depuis longtemps. Je crois qu'il n'y a pas un Afro-descendant qui n’ait pas espéré un jour qu’un projet de la sorte arrive.
Déjà parce qu’on aurait aimé avoir ce genre de contenus sur les autres chaînes mais d’avoir un ou des médias - car l’enjeu c’est pas d’être le seul, c’est d’être le début d’un mouvement - qui font la promesse de se consacrer ou de soutenir ces cinémas.
J’ai démarré le projet en octobre 2013. Je revenais d’un voyage en Asie et j’ai remarqué que les populations là-bas avaient des blockbusters locaux et des séries avec des héros qui leur ressemblent. Ce qui ne les empêche pas de regarder aussi d'autres productions. Puis je suis allé à San Francisco, visiter des start-ups et rencontrer des entrepreneurs et de retour en France j’étais conforté dans mon idée d’aller au bout de ce projet.

As-tu été rapidement soutenu lorsque tu évoquais le projet Afrostream ? Quel était ton plan pour le réaliser ?

J’avais un plan. Aujourd’hui je commence par 1/100ème de ce que j’ai en tête pour le futur. Mais il faut un début à tout pour construire et je compte le faire avec le soutien de nos fans et nos utilisateurs qui nous soumettent des idées, des recommandations. Au-delà de ce soutien massif du public, j’ai reçu le soutien de The Family, l’incubateur de start-ups dans lequel on se trouve.
J’ai eu la change de rencontrer un ingénieur qui s’appelle Ludovic Bostral, mon associé qui est un génie dans le domaine de la distribution de la vidéo dans le digital.
Pour ce qui est du soutien, en plus de ma famille bien sûr, on a eu rapidement des articles dans la presse spécialisée mais aussi généraliste, dans des blogs afro (notament Noir et Fier qui nous a vraiment boosté) mais pas que. Sans avoir sollicité quiconque, on a senti que journalistes et blogueurs se sont vites intéressés à Afrostream.


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