Connectez-vous S'inscrire




[INTERVIEWS] Djedje Apali dans le rôle de Jimmy Larivière pour le Gang des antillais

Notez
Rédigé le Jeudi 24 Novembre 2016 à 19:16


Djedje Apali, un comédien passionnément engagé


La vocation pour la comédie

Derick Gnonlonfoun(DG) :     Bonjour Monsieur Apali, pouvez-vous vous présenter ?
 
Djedje Apali(DA) :     Bonjour, je m’appelle Djedje Apali, je suis comédien depuis 2001. Je suis là pour le film “Le Gang des Antillais” de Jean-Claude Barny.
 
DG :     J’ai vu que vous veniez d’Orléans et que vous y avez fait des études de commerce. Qu’est-ce qui vous a ensuite orienté vers le milieu de la comédie du cinéma ? 
 
DA:     Alors, j’ai fait un BTS commerce et langues exactement. J’ai toujours été particulièrement passionné de cinéma depuis que je suis enfant. Je regardais d’ailleurs beaucoup de films avec mon père. Mais je n’ai jamais pensé pouvoir faire ce métier là, ça ne m’a jamais effleuré l’esprit. Et, c’est plus tard, lors d’un stage de trois mois à l’étranger, qu’une semaine avant de rentrer en France, j’ai eu comme un déclic et je me suis dit, “je veux devenir comédien”. J’y ai ensuite réfléchi par la suite et ça m’est apparu comme une évidence. Il y a des moments décisifs dans la vie et celui-là en faisait partie. Je dirais que c’est réellement ma passion d’enfance qui m’a rattrapé.
 
DG: C’est vrai que c’est assez étonnant comme révélation, car généralement c’est plutôt l’inverse : on se résout plutôt à l’âge adulte à reprendre un chemin plus “conventionnel”.
 
DA: C’était vraiment inconscient ! Un soir avant de me coucher, j’ai eu cette première révélation. C’est là que je me suis dit qu’il fallait que je fonce, ce que j’ai fait. Mais ne connaissant personne dans ce milieu, je suis allé m’inscrire au Pôle Emploi de Bordeaux, où j’habitais à l’époque. Par curiosité, j’ai passé un casting pour un film qui se tournait dans la région. J’ai pu discuter avec la directrice de casting qui recherchait un acteur pour jouer un photographe de la police judiciaire dans une scène de perquisition en banlieue. Et c’est comme ça que tout a commencé pour moi. C’est finalement sur le plateau de tournage, en voyant l’envers du décor, que j’ai eu une deuxième révélation me confirmant que c’était ce que je voulais faire.

Le Gang des Antillais, au coeur du BUMIDOM

DG: Parlons maintenant du film “Le Gang des Antillais”, j’ai adoré ! C’est une histoire inspirée du roman de Loïc Léry, publié en 1986 dans un contexte politique particulier, celui du BUMIDOM (Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’Outre-Mer) entre 1963 et 1980. Plutôt engagé, qu’est-ce qui vous a donné envie de participer à ce film ?
 
DA: Le service des castings m’a contacté via mon agent, originellement pour un second rôle. Je me suis d’abord renseigné sur le BUMIDOM et tout le contexte historique qui y est attaché. C’est après plusieurs auditions que Jean-Claude Barny m’avoue qu’il me verrait bien dans le rôle principal, celui de Jimmy, un personnage fort.
 

Jimmy, un personnage d'une rare ambivalence

DG: Sur le personnage de Jimmy justement, c’est un homme pétri de contradictions qui cherche d’une part le bien de sa fille, de sa relation avec son amie, de vivre dignement mais tout cela en ayant recours à des moyens pas très légaux. Ce personnage a t’il été difficile à interpréter pour vous ?
 
DA: Oui et non, et c’est justement ce qui est aussi intéressant dans ce métier, la richesse des personnages que l’on a à interpréter. Toutes les ambivalences, les conflits intérieurs des personnages, que l’on ne ressent pas forcément au début. Il cherche tout d’abord à se débrouiller par des moyens complètement légaux. Jimmy arrive en Métropole à l’âge de 13 ans, essaie de s’intégrer, de s’adapter, mais il est sans sa famille, il est rejeté à l’école, moqué à cause de son accent. Ce n’est pas facile pour lui dans une société française, qui se veut égalitaire, il est tout de même sujet à la discrimination. Il tombe donc dans la délinquance.
 
DG: Le personnage subit le rejet de la société française dans laquelle il doit s'insérer qu'il le veuille ou non. 
 
DA: J’ai rencontré l’homme dont c’est l’histoire, Loic Léry. Je me suis rendu compte que c’est un homme fort. J’ai le sentiment que l’on a toujours le choix et cela malgré certains facteurs extérieurs qui nous poussent à baisser les bras. C’est un choix qu’il a eu à faire. Il s’agit certes d’un choix orienté par la situation économique dans laquelle il se trouvait tout autant que l’influence de ses collègues ou encore l’appât du gain. C’est une dualité qu’il est difficile d’exprimer sans nuances.
 

Un film technique

DG: Est-ce qu’il y a eu une scène qui a été difficile à tourner ? 
 
DA: Trois scènes me viennent en mémoire: 
- La scène au cours de laquelle Jimmy est contraint de retourner aux Antilles pour confier sa petite fille à sa mère. Cette scène sur la plage où il lui dit qu’il reviendra pour la chercher mais qu’il y a néanmoins le risque qu’il ne revienne pas. C’était difficile parce que la douleur d’un père de famille contraint de laisser sa fille est un sentiment fort. 
- Les scènes de prison où on se trouve dans un univers clos où la violence est partout. On se trouve dans un cadre aliénant les capacités physique et mentale. 
- La scène de fusillades (la première tournée par l’acteur) où il fallait tout tourner en une journée

Un casting Afro pour raconter une histoire universelle

DG: Jean-Claude Barny le réalisateur emblématique de Neg’Marron. Comment vous sentiez-vous sur le tournage, avec un casting majoritairement afro-caribéen ? Cela avait-il une quelconque importance à vos yeux ?
 
DA: C’est un casting Afro. On est à Paris. Il a choisi des acteurs diverses. Il est l’un des pionniers du cinéma Afro en France. C’était agréable de travailler avec des acteurs de différents horizons. Il ne faut toutefois pas oublier que la thématique du film est universelle. Même s’il s’agit d’une histoire caribéenne, il y a un pont entre la société française et cette diversité afro-caribéenne. 
 
DG: Le film aborde la question de l’identité de ceux qui ont tout quitté pour un avenir prétendument meilleur en Métropole. A ce titre, avez-vous le sentiment que l’immigration antillaise est différente de l’immigration africaine? Une scène est assez marquante dans le film quand vous et votre partenaire êtes les sujets d’un contrôle d’identité mouvementé. Votre partenaire prévient les officiers de police que vous êtes français. Pensez-vous qu’il y ait une quelconque discrimination entre les antillais français et les immigrés d’ailleurs qui ont été naturalisés ?
 
DA: Dans le film, c’est un geste d’auto-défense. Plutôt que de dire “on est français”, “on est différents des autres Noirs”. Je suis moi-même Africain, de la côte d’ivoire et Guadeloupéen. J’ai donc vécu dans les deux cultures. J'avais des potes Africains et des potes Antillais. J’ai connu cette différenciation “entre nous”. Les crispations se concentrent sur les identités de chacun à la manière d’un mécanisme d’auto-défense. C’est ce qu’il y a dans le film. Or, il est besoin de faire de la place à toutes les différences pour qu’elles soient acceptées. 
 
DG: Par ailleurs, le Bumidom a débuté ses activités(1963) peu après la déclaration d’indépendance de l’Algérie(1962). Dans le film, cette confrontation entre les Algériens et les Antillais est pointée du doigt. Le combat des Algériens est-il à ce titre comparable à celui des Antillais dans le film ? Politik fait d’ailleurs référence “au même combat”.
 
DA: Politik indique  dans le film qu’il “ne faut pas tomber dans le piège du colon qui consiste à nous diviser”. J’ai le sentiment que nous faisons tous partie de la société française. A ce titre, ce besoin de reconnaissance, d’acceptation nous est commun. Le parallèle entre les luttes Algérienne et Antillaise est important. 
 
DG: Il s’agit en somme, en ayant abordé la question de toutes les communautés, d’universaliser le propos. Cette quête de l’identité dans une société plurielle. 
 
DA: Le “message n’est pas racial mais social”. La recherche de bouc-émissaire est bien trop commode en temps de crise. Il est nécessaire de s’en détacher. 
 

La quête de l'identité

DG: Sur cette question d’identité - J’ai cru déceler trois formes de lutte contre l’oppresseur colon. La première est celle qu’ont adopté les groupuscules indépendantistes martiniquais(celle de la lutte violente, avec les armes), la deuxième est celle choisie par le gang des antillais, celle des braquages, la violence dite économique lorsque Eriq Ebouaney “Politik” dit "On veut juste remplir nos poches trouées” et la troisième, plus insidieuse qui consiste à refuser la violence pour lui préférer les Lettres, la vertu émancipatrice de l’Education(à l'image de Lucien Jean Baptiste dans le rôle de Patrick Chamoiseau) - Qu’en pensez-vous ?
 
DA: La question que Jimmy se pose est celle de son identité. Certains veulent être reconnus français en conservant leurs origines antillaises. D’autres se disent français à l’exclusion de leurs origines. L’éducation joue un rôle primordial pour éveiller les consciences. Il faut apprendre à vivre ensemble, peu important les différences. Que l’on soit black blanc beur ou jaune rouge vert, notre humanité nous réunit. 
 

Le refus du stéréotype

DG: Les films réalisés par des Antillais avec des acteurs Antillais sont rares en Métropole, pensez-vous qu’il y a un désintérêt de la part des boîtes de production ?
 

DA: C’est un film Afro qui s’adresse à tout le monde. On a envie de le montrer au monde entier. C’est un film engagé, certes mais c’est aussi et surtout un thriller. Il n’est pas inconciliable d’avoir du fond dans un film d’action. 
 
DG: Il est rare que des acteurs Noirs obtiennent des rôles variés comme si l’inconscient collectif ne pouvait se détacher des rôles stéréotypés
 
DA: Nous sommes tous humains. Je me fie essentiellement à mes envies. Je veux avoir un rôle d’avocat, de médecin, de musicien, d'artiste, de pirate, de professeur… Je suis un cinéphile qui adore autant les films d’auteur, que les thriller ou encore les comédies. Les stéréotypes, cette pression sociologique à laquelle vous faites référence ne m'intéressent pas. Il faut se désolidariser de ce mode de pensée. 
 

L'avenir !

DG: Quels sont vos projets pour le futur ?
 
DA: J’ai de nombreux projets. J’ai un projet de série avec Delma Sel. C’est une série qui aborde la question des relations de pouvoir dans la société gabonaise. J’ai un film espagnol qui arrive. J’ai aussi d’autres projets sur lesquels je ne peux rien dire. Enfin, j’écris en ce moment.
 
DG: On vous souhaite de continuer de faire de votre belle passion un métier riche d’enseignements !


Derick Gnonlonfoun


INTERVIEWS BME !


Courts-Métrages | INTERVIEWS BME ! | REPORTAGE VIDEOS | WEB SÉRIE




Suivez-nous
Facebook
Twitter
Newsletter
YouTube
Tumblr
Rss



Inscription à la newsletter










    Aucun événement à cette date.





Derniers tweets
BME : La bande-annonce de #Creed2 est enfin disponible ! #SylvesterStallone #MichaelBJordan #StevenCapleJr… https://t.co/sKrzhnDRxG
Jeudi 28 Juin - 01:08
BME : Une nouvelle bande-annonce pour 'Equalizer 2' est sortie ! @DenzelWashington @AntoineFuqua https://t.co/pqSXeKukiR https://t.co/pgNTo015ow
Jeudi 28 Juin - 00:38
BME : #BlackPanther2 : @MichaelBJordan et @DonaldGlover en méchants ? #Marvel https://t.co/NprpMJrU2s https://t.co/IGsYFAEvEI
Mercredi 27 Juin - 01:08
BME : @JustinSimien de retour avec un film d'horreur #BadHair ! https://t.co/MmowLxImox https://t.co/fMeYew1BR6
Mercredi 27 Juin - 00:38
BME : L'Ordre de l'X annonce le retour de #DearWhitePeople pour une saison 3 ! @Netflix @GiancarloEsposito… https://t.co/HGEzZmVRHG
Lundi 25 Juin - 23:08
BME : Un grand jour à Hollywood avec la vidéo de @strongblacklead #Netfliw #AGreatDayInHollywood !… https://t.co/FjkjzG4ub6
Lundi 25 Juin - 23:08
BME : Un teaser pour la sortie de la saison 5 de #Luther avec @IdrissElba !!! https://t.co/AselJwXKF6 https://t.co/QoFrCNEwsU
Lundi 25 Juin - 23:08
BME : Le DVD de #BlackPanther avec des scènes inédites ! @RyanCoogler @ChadwickBoseman https://t.co/4a1Dp8OS1d https://t.co/rgfbEHC15O
Samedi 23 Juin - 14:38
BME : #FivePoints : une web-série surprenante ! @FacebookWatch @Thomas Carter https://t.co/pRlgZhccgG https://t.co/42aUr0DKJl
Dimanche 10 Juin - 23:38
BME : #Greenleaf une saison 3 annoncée par OWN ! https://t.co/yj75iCAxz1 https://t.co/8sY1SRXHpq
Dimanche 10 Juin - 23:38

Partager ce site



Derniers tweets
BME : La bande-annonce de #Creed2 est enfin disponible ! #SylvesterStallone #MichaelBJordan #StevenCapleJr… https://t.co/sKrzhnDRxG
Jeudi 28 Juin - 01:08
BME : Une nouvelle bande-annonce pour 'Equalizer 2' est sortie ! @DenzelWashington @AntoineFuqua https://t.co/pqSXeKukiR https://t.co/pgNTo015ow
Jeudi 28 Juin - 00:38
BME : #BlackPanther2 : @MichaelBJordan et @DonaldGlover en méchants ? #Marvel https://t.co/NprpMJrU2s https://t.co/IGsYFAEvEI
Mercredi 27 Juin - 01:08
BME : @JustinSimien de retour avec un film d'horreur #BadHair ! https://t.co/MmowLxImox https://t.co/fMeYew1BR6
Mercredi 27 Juin - 00:38
BME : L'Ordre de l'X annonce le retour de #DearWhitePeople pour une saison 3 ! @Netflix @GiancarloEsposito… https://t.co/HGEzZmVRHG
Lundi 25 Juin - 23:08