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Dear White People, un film moderne sur le racisme ordinaire

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Rédigé le Vendredi 6 Mars 2015 à 18:30


4 étudiants, 4 personnalités, 4 identités, 4 destinées noires dans une université. C’est l’histoire de Dear White People, du très prometteur Justin Simien, un jeune réalisateur afro-américain qui livre un film drôle et intelligent sur les rapports entre Noirs et Blancs sur un campus.


À l’écran, le Noir est la voix du spectacle, celle du divertissement. Mais le racisme n’est pas un spectacle. Le racisme est présent. Chaque jour, le racisme est moins une oeuvre spectaculaire que la norme. M. Siemen est le porte drapeau d’une nouvelle génération de réalisateurs afro-américains érudits qui parviennent à réaliser le difficile équilibre entre la polémique et l’humour.

Dans la prestigieuse université fictive de Winchester où les minorités ne représentent que 2% de la population, Justin Simien nous invite à partager les tribulations d'un groupe d'étudiants noirs qui possèdent chacun une approche singulière de leur condition de Noirs . En un mot, la question de l’identité noire jalonne le film.

Dear White People est  une comédie satirique qui aborde le sujet épineux du racisme avec intelligence et tact. L’histoire est convaincante parce qu’elle s’insère dans la réalité. Le film est axé sur quatre protagonistes : l’un isolé, l’autre rebelle, le troisième prodige et enfin la diva. Quatre personnages complexes qui à eux seuls dessinent les contours d’un conte moderne traçant la quête identitaire d’une jeunesse américaine sous l’ère Obama.

Des personnages caricaturaux pour mieux dénoncer

Lionel (Tyler James Williams, Tout le monde déteste Chris), le jeune queer embrasse la solitude, sans pour autant taire ses aspirations à la reconnaissance. Il est le produit d’un mélange subtil, le nouveau noir. Il est l’archétype de cette jeunesse qui ne se sent pas assez noire, cette jeunesse qui refuse d’être assimilée aveuglément à des codes culturels que d’autres ont pensé pour eux.

Coco (Teyonah Parris), veut devenir une star de télé réalité pour être reconnue par la communauté blanche en se créant une personnalité qui rompt avec son origine sociale.
Troy (Brandon P Bell) est un étudiant modèle. Présidé par monsieur Fletcher, un Blanc, l’Université est toutefois dirigée par le père de Troy : Dean Fairbanks (Dennis Haysbert). Entre eux les deux hommes, des querelles administratives cachent des divergences d’opinion qui remontent à l’époque où ils étaient eux-mêmes étudiants. Brillant, le directeur n’a pourtant pas pu accéder au poste de président qui a été acquis par son rival, un cancre d'alors. C’est en substance l’histoire de l’échec de l’égalité des chances. Le reflet d’un double standard biaisé en faveur de la communauté blanche. Suivant les conseils avisés de son père, Troy a donc intériorisé les codes sociaux des Blancs et des Noirs afin de devenir cet hybride qui plait à tous. Il est ainsi ce que son père n’a pas pu devenir.

Puis il y a Sam, la trouble-fête (Tessa Thompson). Vous savez, il y a les radicaux, les modérés et ceux qui se trouvent à la limite. Sam est l’un d’entre eux. Si elle critique les blancs avec bagout dans son émission de radio (Dear White People), les noirs ne sont pas en reste. En un mot, Sam est décrite comme l’enfant fâché d’Oprah Winfrey et Spike Lee. Un bébé des 90s qui ne parvient pas à trouver sa place. Sam est rebelle. Mais ce n'est pas une révolutionnaire . Elle n’est finalement qu’une jeune adulte, réalisatrice de films, qui adore Ingmar Bergman et Taylor Swift. Et c’est là que se relève le génie du réalisateur.  

En peignant le portrait caricatural de quatre étudiants noirs, il interroge notre rapport à l’image de soi; cette identité esclave de la vision de l’autre, qu’il soit blanc ou noir, étranger ou familier. Pourtant, personne ne doit être forcé de présenter une certaine image afin de contenir la complexité d’une communauté toute entière. Tout au contraire, chaque étudiant doit trouver sa place dans le microcosme de l’université en jonglant avec les différents codes culturels.

 

La question identitaire au coeur du film

La soirée Blackface organisée par un groupe d’étudiants blancs marque l’apogée du film. Dans les médias, le Noir adore le poulet frit, la musique rap et les bijoux exubérants. Ces préjugés sont tenaces parce que cette même communauté noire s'y accroche - assez paradoxalement - pour dessiner les contours d'une identité Noire. Il y a donc deux forces qui s’affrontent. D’un côté le refus de la stigmatisation et de l’autre le besoin d'affirmer une identité singulière, en marge de la communauté blanche majoritaire, pour rester cette minorité avec ses codes et son langage. Si Coco refuse qu’on la réduise à sa couleur de peau, elle n'hésite pas à incendier la première personne qui lui demande si son tissage est une perruque.

Inspiré par la propre expérience estudiantine du réalisateur, le film est tout entier basé sur la dynamique blanc - noir. Chacun, Noir ou Blanc, doit être compris avec son lot de contradictions et ses emprunts culturels. Le film ne traite pas tant de la seule question raciale que de celle de l’identité plurielle. Il ne s’agit pas d’une énième copie d’un des films du non moins très renommé Tyler Perry mais plutôt d’une comédie érudite qui pose la question de la condition noire à coups de références littéraires aiguisées. Approché par différents studios de production, le réalisateur a préféré s’associer à l’investisseur indépendant Julia Lebedev pour conserver une totale marge de manoeuvre sur le film. Primé Meilleur espoir par le Grand Jury US du festival Sundance, Justin Simien, nous livre avec humour la vision de l’’homme multi-culturel, qui, à l’image de Lionel, refuse les clivages raciaux, sans pour autant se taire lorsqu’il est témoin d’une injustice.
 

Justin Simien a beaucoup été comparé à Spike Lee, un honneur pour lui qui admet avoir été beaucoup influencé par le cinéma du réalisateur. Dear White People rappelle les critiques acerbes émises dans plusieurs grands classiques comme Do The Right Thing ou encore School Daze.

Dear White People avec son ton libre qui n'épargne personne rappelle qu'il existe tout un champ à découvrir entre l'univers burlesque de Tyler Perry (critiqué ouvertement dans le film) et les films historique sur l'esclavage pour aborder la "black experience".

 

La bande-annonce

Derick Gnonlonfoun


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