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WULU : le parcours d'un jeune malien au cœur de la crise du Mali

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Rédigé le Mardi 13 Juin 2017 à 15:58


Wùlu raconte l'histoire de Ladji jeune homme de 20 ans qui travaille dur comme apprenti-chauffeur à Bamako. Lorsqu'on lui refuse une promotion qu'il estime avoir largement méritée, il décide de contacter Driss, un dealer de drogue qui lui doit une faveur. Avec deux compères, Ladji plonge dans l'univers du trafic de cocaïne.

Wùlu de Daouda Coulibaly sera dans nos salles le 14 juin, mais la rédaction de BME a pu visionner le film en exclusivité et elle vous donne son avis !


WULU  : le parcours d'un jeune malien au cœur de la crise du Mali
Premier court-métrage de Daouda Coulibaly, Wulù s'inscrit à la fois dans le genre noir et le parcours initiatique. Daouda Coulibaly aborde dans ce film le thème du trafic en l'explorant sous toutes ses formes : trafic de drogue, trafic d'armes et trafic sexuel. Mais il se penche aussi sur Ladji, ce personnage si énigmatique dont on suit l'évolution durant 1h35 de tension.
Synopsis : Ladji, âgé de vingt ans, est chauffeur de bus. Il travaille dur pour survivre et permettre à sa sœur Aminata qui se prostitue d’en sortir. Alors, quand il perd son emploi, il décide de contacter Driss, un dealer, pour lequel il accepte de conduire une petite cargaison de cocaïne entre Conakry et Bamako. C’est facile, ça gagne bien, le métier est en pleine croissance et on lui donne enfin sa chance. Ladji va la saisir puis gravir les échelons et gagner de l’argent – beaucoup d’argent. Mais les choses se compliquent toujours quand on arrive au plus haut.

L'importance du contexte historique

Tout d'abord, ce film ne se déroule pas exactement de nos jours, l'histoire commence en 2007 et se termine en 2009, durant la crise qui a secoué le Mali engendrant l’effondrement de l’État en 2012 sous la présidence d'Amadou Toumani Touré. La corruption, ce mal endémique qui gangrène la plupart des pays d'Afrique, son degré élevé de corruption, s'est converti en pôle de transit du trafic de cocaïne qui transite entre l'Amérique latine et l'Afrique de l'Ouest. 
Aqmi règne en maître dans le désert et orchestre également le trafic d'armes. Cela génère énormément d'argent, plusieurs milliards de dollars par an. L'armée malienne y est même impliquée. 

Dans le film les acteurs de ce trafic et de cette corruption sont représentés sous les traits de Driss.

Daouda Coulibaly insiste dans ce long-métrage sur la part de responsabilité du trafic de drogue dans la chute de l’État malien, mais aussi sur la manière dont cela a aidé à financer le djihadisme, un sujet pourtant tabou. Il apporte un regard neuf et pertinent sur cette plaie qui a gangrené le pays.

Il n'y a pas d'intrigues complexes ou de twist exagérés, Daouda Coulibaly représente avec réalisme et simplicité ce système de corruption qui alimente à la fois trafic et terrorisme.

Ladji, un personnage enigmatique

Wùlu, "le chien", en bambara, désigne le dernier niveau de l'initié dans la culture bambara. On suit donc Ladji dans cette évolution. On le découvre jeune et passionné par son travail de rabatteur de mini-bus, qui rêve un jour de devenir chauffeur de bus, mais qui se voit prendre sa place par le neveu du patron. Ladji est un personnage rusé et travailleur, mais lorsqu'il perd son boulot, il n'aura pas d'autre alternative que de se tourner vers Driss un trafiquant de drogue, pour afin d'échapper et sortir sa sœur de la précarité dans laquelle ils vivent. 

Le personnage de Ladji est interprété par Ibrahim Koma, dont le jeu d'acteur neutre renforce la tension au lieu d'ennuyer le spectateur. Il ne se montre ni effrayé, intimidé, ou bien même insolent lorsqu'il est face à une menace. Il n'affiche jamais sa colère, sa voix ne trahit rien, pas plus que son langage corporel. Son visage reste fermé ce qui nous pousse à nous interroger sur ce qu'il ressent réellement ce personnage, qui est assez difficile à cerner. Ladji communique très peu, sauf lorsqu'il y est obligé. Ladji reste impassible. 

Plus l'histoire avance, plus le personnage s'enfonce dans les ténèbres. Cependant, son regard reste déterminé, il ne fléchit à aucun moment. Ladji ne recule devant rien pour atteindre son objectif ce qui le pousse à faire plus d'un choix dramatique au cours du film.

Au final Ladji n'est qu'une victime de cette société empoisonnée. Il s'agit d'un bon garçon qui pour protéger ce qui lui reste comme famille a brisé ses liens avec la morale et qui a peu à peu perdu son humanité.

Aminata, une femme aux multiples facettes

WULU  : le parcours d'un jeune malien au cœur de la crise du Mali
Le personnage de Ladji s'oppose totalement à celui de sa sœur Aminata, interprétée par la chanteuse Inna Modja. Elle est probablement le personnage le plus intéressant du film. Elle sait ce qu'elle veut et elle est encore plus têtue que son frère. 

C'est une femme fatale et arrogante que l'on rencontre au début du film en tant que prostituée puis qu'on suit à travers son ascension sociale dans la bourgeoise malienne grâce à l'argent sale gagné par son frère. Contrairement à son frère qui est plus prudent, plus discret, elle paraît extravagante et insouciante. Pourtant au début du film, elle se montre soucieuse, voir en colère par la nature du nouveau "travail" de son frère, elle s'inquiète du fait qu'il pourrait retourner en prison. Cependant, elle se sépare peu à peu de cette Aminata pauvre et obligée de se prostituer qu'elle était, elle fait le choix de la vie qu'elle veut mener et ne se soucie plus de comment et d'où provient l'argent de Ladji.

Si c'est bien Ladji qui ramène l'argent, c'est bien elle qui gère et qui décide de tout au sein du foyer. Il ne fait que la suivre et l'on comprend que tous ces sacrifices, il les fait pour elle, sa sœur à qui il est dévoué. La fin du film réaffirme cette opposition entre ces deux personnages, car alors que Ladji connaît une fin tragique, le film se termine sur une Aminata sortant paisiblement de sa piscine ne se doutant de rien.


La mise en scène d'un conte dramatique

Wùlu se rapproche d'un conte ou plutôt d'une fable dans la manière dont l'histoire est racontée. Le film commence comme un récit initiatique avec l'explication des 5 niveaux d'initiations en bambara : le lion, le crapaud, l'oiseau, la pintade et le chien. 

Il mélange bambara et français avec subtilité. Les dialogues sont sombres, car le réalisateur mise tout sur la beauté, ainsi que sur la qualité des images. Daouda Coulibaly nous fait voyager à travers des paysages variés. On passe par le désert, les beaux quartiers de Bamako ainsi que les quartiers populaires, sans oublier les belles plages du Sénégal. Il s'agit d'une succession de tableaux différents. La ville de Bamako est également un personnage à part entière de l'histoire, car on l'explore sous tous ses angles, c'est une ville vivante.

On alterne entre ellipses et temps réel. Les séquences dans l'abattoir, aussi sanglantes que violentes soient-elles appuient sur le caractère fatal des décisions prises par Ladji.

Wùlu met la jeunesse malienne face à ses responsabilités tout en dénonçant les injustices qui règnent dans le pays à travers un film réaliste, réalisé avec brio.


 
Ngo Biyong Fanta


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